Prendre le problème des algues vertes à la source

Publié le par Michel EVRARD

              Le 27 Septembre à Hillion (22), a eu lieu une manifestation contre les algues vertes.
Les écolos n’ont pas pu s’empêcher de lui donner un côté folklorique et risible dont ils ont le secret.
Il y a  bien longtemps que je m’inquiète du développement délirant des élevages industriels en Bretagne que j’ai découverts en 1964-1965, lors d’une année passée dans la région de Lorient. C’était l’époque du poulet aux hormones « chanté »  par Jean Ferrat.
Aujourd’hui, c’est l’horreur absolue avec le développement quasi exponentiel des élevages industriels de porcs, de volailles et les usines à lait. En voyant cela, Tino Rossi  chanterait :« Ah, quelle est belle ma Bretagne, ses algues vertes et ses cochons ». Il est arrivé que des éleveurs augmentent leur cheptel illégalement. Mise devant le fait accompli, l’Administration Préfectorale acceptait de régulariser cette violation de la loi.  Il est arrivé que les volailles prêtes à être envoyées à l’abattoir soient ramassées nuitamment par des clandestins. Aujourd’hui, vu la folie ultra-libérale qui s’est emparée du secteur agricole, tout le monde est perdant, sauf le petit club de ceux qui ont organisé cette gabegie et encore.                             

              Il faut sortir de ce cercle vicieux et polluant, et remettre les filières agricoles d’aplomb. Il y a quelques années, José Bové nous parlait de souveraineté alimentaire. Sans autre indication, j’ai essayé de voir comment on pourrait mettre en œuvre cette idée.
Je vous livre le résultat de mes cogitations.
On calcule le nombre de tonnes de porc que les Français ingurgitent, chaque année. On le traduit en nombre de cochons à élever. On répartit sur tout le territoire, des unités de production de 1.000 cochons, en deux lots de 500 gardés six mois environ, contre quatre mois et demi dans la filière productiviste. Le prix du porc engraissé sera calculé, pour que l’éleveur gagne 18 euros nets, par unité, ce qui lui fera un revenu net de 1.500 euros, par mois. Etant donné qu’il pourra compléter ce revenu, par un jardin potager, quelques poules etc. ou un cochon élevé pour ses propres besoins, il ne sera pas à plaindre. S’il ne fait pas bien son boulot, il en subira les conséquences qui pourront aller jusqu’au retrait de son habilitation, en cas de négligence grave. Mieux vaut un peu d’autoritarisme, que la Pagaille Agricole Commune actuelle. Le consommateur-contribuable s’y retrouvera, car il n’aura plus à donner des aides aux agriculteurs, à l’Industrie agro-alimentaire et à ceux qui sont privés de travail, en raison de la  monstruosité de certains élevages et encore des sous, pour enlever les algues vertes.

              Cependant, la France pourra produire une quantité de viande de porc légèrement supérieure à ses besoins, en accord avec les autres pays de l’UE. Cet excédent sera vendu aux pays qui ne peuvent pas en produire suffisamment, pour des raisons écologiques. Autre possibilité : leur vendre des aliments pour bétail produits dans les pays dont les terres agricoles le permettent. Les animaux seront alors élevés au plus près des consommateurs.

              Pour vous prouver que ma proposition est beaucoup moins bizarre qu’elle n’en a l’air, voici ce que rapporte Alain Remond (journaliste de renom) dans le billet humoristique qu’il a publié dans La Croix du 22 Septembre. Un lecteur lui a envoyé l’étiquette qu’il a récupéré sur un paquet de « Haché de porc maigre ». Sous cette indication, était écrit en tout petits caractères « Né au Canada, élevé en Australie, abattu et découpé en Belgique ». Vu ce qui se passe déjà dans l’UE, cela n’a rien d’étonnant.  Je rappelle le cas des pommes de terre produites en Bavière, envoyées par camion dans le sud de l’Italie, pour y être épluchées et taillées en frites, puis ramenées en Belgique pour y être cuites et commercialisées.  Plus croustillant encore : la graisse animale récupérée dans certains pays de l’UE, emmenée dans une usine de Naples et transformée en un ersatz de beurre, à l’aide de 80 kg de produits chimiques par tonne. Cette mixture était mélangée à du vrai beurre qui avait déjà beaucoup voyagé et qui n’en avait pas fini avec ses pérégrinations à travers l’Europe.

          Voilà pourquoi il faut impérativement renverser la vapeur, au propre, comme au figuré.
EVRARD Michel. Ecologiste sans étiquette.

Publié dans EXPRESSION LIBRE

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