ITER

Publié le par Catherine VILLA (GE 13)

International Thermonuclear Experimental Reactor (ITER)

ITER est un projet de réacteur expérimental à fusion nucléaire (à ne pas confondre avec la fission nucléaire) basée sur la technologie du Tokamak .
Il s'inscrit dans la lignée d'engins de recherche fondamentale en Angleterre, aux États-Unis, en France et en Suisse , dont les promoteurs estiment qu'ils progressent vers l'objectif recherché (celui d'obtenir un moyen de production énergétique massive d'avenir, car l'aboutissement à un projet industriel permettrait d'exploiter une source d'énergie quasi inépuisable et peu polluante).

Le choix du site était très important politiquement, mais surtout économiquement.
L'investissement d'ITER est estimé à 10,3 milliards d'euros sur 30 ans.
Une étude réalisée en France en 2002 prévoit qu'ITER créera 3 000 emplois indirects pendant les 10 ans de construction et 3 250 emplois indirects pendant les 20 ans d'exploitation (dont les 3/4 environ en région PACA).
On comprend ainsi que l'implantation d'ITER puisse être considérée par certains comme une aubaine pour la région choisie.
Après une querelle franco-espagnole, l'Espagne a retiré sa proposition le 26 11 03. 
Cadarache est ainsi resté le seul site soutenu par l'Union européenne. La proposition canadienne de Clarington a disparu d'elle-même, faute de véritable financement et de volonté politique des Canadiens, qui ont décidé de rejoindre l'UE. Le site de Cadarache a reçu également le soutien de la Chine et de la Russie tandis que le site de Rokkasho-Mura recevait celui des États-Unis et de la Corée du Sud.

Des controverses existent sur l'objectif lui-même et sur la capacité d'ITER à y contribuer,
Génération Écologie dénonce quelques idées reçues et reste écologiquement favorable au projet ITER.

Idée reçue 1 : "ITER c'est que du nucléaire"
ITER testera la faisabilité de l'utilisation de l'une des sources d'énergie parmi les plus renouvelables qui soit, puisqu'elle durera autant que la Terre et le Soleil. En effet, les matières premières, deutérium et tritium (tirés de la mer, en particulier) et hydrogène sont inépuisables.
ITER sera, pour 15 à 25 ans, d'abord une pure expérience de physique fondamentale. Il s'agira de savoir si l'on peut maintenir et confiner plus de quelques fractions de seconde un plasma de fusion à environ 150.000.000 Km (équivalent à environ 150 millions de degrés Celsius) sans consommer plus d'énergie qu'on en produira.
Au-delà de ces recherches fondamentales, c'est dans 25 ou 50 ans que l'on saura si l'on peut produire de l'énergie à grande échelle.
Si le pronostic est confirmé, on pourra passer à un premier prototype industriel de tranche de production électrique. Puis, si le prototype donne satisfaction, on passerait à l'industrialisation proprement dite. Délai : encore 25 à 50 ans.
Donc, si l'expérience donne des résultats positifs et prometteurs, si ITER peut effectivement produire beaucoup plus l'énergie qu'il n'en consomme, ce n'est pas avant 75 ans, voire un siècle, que l'on pourra passer à la production industrielle d'électricité. Mais comme, quoique l'on fasse, du point de vue énergétique, on risque d'aller dans le mur, même à moyen terme, il est difficile de se prononcer négativement sur une expérience qui peut ouvrir un avenir énergétique acceptable pour l'humanité de la fin de ce siècle et du prochain siècle. Cependant, il faut bien garder à l'esprit que nous n'en sommes qu'au stade du début d'une recherche fondamentale. Aucune certitude de faisabilité ne peut être assurée, comme en toute recherche. Et encore moins, à ce stade, une certitude de rentabilité et de possible commercialisation.
Quant à l'incertitude sur les résultats, tous les projets de recherches engagés jadis et naguère furent toujours fort incertains et aucun grand chercheur n'est jamais arrivé exactement là où il croyait arriver.
Toute recherche de bon niveau a toujours ménagé de grandes surprises, voire des chocs culturels tout à fait inattendus. Par exemple, quarante ans se sont écoulés entre le lancement aventureux de recherches sur l'effet transistor et le premier poste à transistors commercialisé à prix abordable. Chercher, c'est ne pas avoir encore trouvé.
Évidemment, comme dans toute grande aventure humaine de recherche, le projet ITER pourrait donner un résultat négatif sur la productibilité industrielle d'énergie électrique par fusion. Alors, resterait qu'ITER aurait servi d'outil de recherche pure sur les fondements intimes de la matière, d'un coût comparable à toutes les autres grandes installations de recherche fondamentale (grands accélérateurs, grands appareils d'observation du Cosmos, etc.).
On permettra donc à un scientifique de dire que l'on pourrait douter d'une humanité qui ne serait plus capable de se projeter dans l'avenir et d'investir dans de grands projets de recherche.

Idée reçue 2 : "ITER va coûter trop cher !"
Pour le moment, les coûts totaux d'investissement d'ITER sont estimés entre 4 et 10 milliards d'euros, à partager par l'ensemble des dix pays les plus puissants économiquement (G8 + 2). La part de la France, en investissement d'État, est estimée entre 400 et 800 millions d'euros environ.
À l'échelle mondiale ou, même, à l'échelle des dix États impliqués dans le projet ITER, des sommes totales bien plus élevées que le coût d'ITER sont dépensées ou programmées pour les énergies renouvelables, hydraulique, éolien, hydroélien, biomasse, pile à combustible, filière bois-énergie, géothermie, solaire etc.
De leur propre mouvement, Région et Conseils généraux (04, 13 et 84) mettront environ 467 millions d'euros au total, en plus de l'investissement de l'État, pour tenter d'orienter les votes du G.8 vers Cadarache. On peut penser que ces collectivités territoriales considèrent que c'est un "investissement" destiné à rapporter, à terme, beaucoup plus que la mise de fonds initiale. Là se pose une vraie question, y compris sur les effets positifs ou négatifs des retombées de cet investissement. On ne sait pas encore comment se répartiront les financements des infrastructures locales. Mais a-t-on jamais vu une collectivité territoriale refuser de financer les infrastructures nécessaires à la venue d'activités économiques, industrielles et de recherches ? Activités amenant ensuite flux économique, installation sur le territoire de personnels de grande culture et à haut pouvoir d'achat, créations d'emplois directs et indirects, versements de taxes professionnelles et autres financements des caisses publiques.
Le dilemme est justement là : les élus auront-ils l'intelligence de préparer leur territoire à l'arrivée d'un considérable flux économique et financier ou le subiront-ils sans préparation et sans créativité ? Le risque majeur, si aucune précaution d'encadrement n'est prise, c'est de voir se produire des flambées du foncier et de l'immobilier et un réaménagement incontrôlé du territoire. Des outils existent, pour parer à cela : DTA interdépartementale, DTA montagne, schémas directeurs, Schémas de Cohérence Territoriale (SCOT) et, même, Plans Locaux d'Urbanisme (PLU).

Idée reçue 3 : "ITER va entraver le développement des énergies renouvelables"
Les Verts estimèrent, pour justifier leur vote négatif sur ITER, au Conseil régional,, qu'il serait bon qu'on investisse autant, à l'échelle mondiale, dans les autres énergies renouvelables que dans ITER. Sous-entendant, ainsi, qu'on y investit actuellement beaucoup moins.
Prenons les données financières françaises (lire ci-contre). On peut estimer qu'elles peuvent s'appliquer à tous les pays développés. En effet, ils ont tous des modes différents de subventions de l'électricité éolienne, mais financièrement comparables au rachat fortement surpayé, en France, de l'électricité éolienne par EDF.
À l'échelle mondiale, on est passé de 2.000 MWe, en 1990, à 25.824 MWe, à mi-2002, de puissance électrique éolienne installée. Soit, en onze ans, un accroissement de 23.824 MWe de la puissance éolienne installée. Même en le jugeant jugé insuffisant, cet accroissement correspond, en "valeur euro de 2003", pour le seul éolien (énergie propre et renouvelable), à un investissement, hors rachat de l'électricité, d'environ 25 milliards d'euros (le coût de l'investissement éolien est de l'ordre d'un million d'euros par mégawatt). Il convient d'ajouter à cela le coût de rachat de l'électricité éolienne sur quinze 15 ans. Suivant les hypothèses que l'on peut faire, surtout pour la France et en considérant que, pour des sites moyennement ventés, les éoliennes fonctionnent environ 3.600 heures/an, le coût de rachat sera de l'ordre de 60 à 90 milliards d'euros .
Ainsi, depuis 1991, l'investissement mondial en énergie éolienne, a été d'environ 85 à 115 milliards d'euros.
Soit, d'environ 8 à 30 fois plus que les 4 à 10 milliards d'euros d'investissements pour ITER. Ce à quoi il faudrait ajouter tous les investissements, au niveau mondial, pour toutes les énergies renouvelables autres que la fusion et l'éolien : Maîtrise de la Demande d'Énergie (MDE), hydraulique, hydroélien, biomasse, filière bois-énergie, géothermique, solaire, marémoteur, etc.

De même, si la France devait réaliser, d'ici à 2010, son plan, déjà acté, d'investissement pour 10.000 MWe de puissance électrique éolienne, cela correspondrait à un investissement total (matériel et rachat de l'électricité) d'environ 35 à 50 milliards d'euros (10 milliards d'euros d'investissement matériel et entre 25 et 40 milliards d'euros de rachat de l'électricité éolienne). Ce qui est à comparer, cette fois, aux investissements français dans ITER : entre 400 et 800 millions d'euros pour l'État et 467 millions d'euros pour les collectivités territoriales.
On conviendra donc qu'il est quelque peu erroné d'affirmer qu'à l'échelle mondiale, on investirait moins dans les énergies renouvelables, autres que la fusion, que dans ITER. Tout en ayant bien conscience que la France reste quand même à la traîne !

Idée reçue 4 : "ITER, comme tout ce qui est nucléaire, est dangereux"
ITER fonctionnera sur le schéma Deutérium + Tritium. Le Deutérium (D) n'est pas radioactif. Le Tritium est naturellement radioactif, à période courte de 12,3 ans. ITER ne rejettera donc pas de Tritium, puisqu'il le consommera, et le résultat de la fusion, l'Hélium, n'est pas radioactif. Mais, bien sûr, le Tritium sera présent en tant que composant initial, destiné à se transformer en hélium. On considère, généralement, qu'il est loin d'être aussi dangereux que les transuranides comme l'uranium 238 ou le plutonium 239. Aussi, est-il couramment utilisé dans les peintures des héliports, pour servir de marqueurs biologiques, pour la datation des vins, etc.

Il faut évidemment considérer que la fusion Deutérium + Tritium produit, en plus de l'inoffensif hélium, un flux de neutrons qu'il faut savoir piéger en évitant qu'il ne rende les pièges radioactifs. Mais nous sommes très loin du fonctionnement "surcritique" caractéristique des calamiteuses centrales à fission de type Tchernobyl. Le fonctionnement de type ITER est totalement "souscritique", avec de très faibles quantités de produits de fusion. Le problème ne sera pas tant d'éviter que le réacteur ne surchauffe, mais au contraire, qu'il ne refroidisse. Le plasma de fusion doit être maintenu à 150.000.000 K. À la moindre perturbation de fonctionnement, la température s'effondrera très rapidement et la fusion s'arrêtera d'elle-même. On ne peut donc guère soutenir, à la fois, que le projet repose sur un fonctionnement très difficile à maintenir actif, et qu'il peut s'emballer. Toute secousse sismique ne risquerait que d'arrêter le processus de fusion.

Néanmoins, Cadarache est un site sismique avéré. Le risque de rupture des enceintes de confinement pose une importante question sur les risques de fuites de tritium. Mais, si l'on adopte comme référence l'indice 10 de l'échelle de Richter pour construire le futur réacteur, ce qui est prévu, pour un maximum historique relevé sur le site de 8,5, la prise de risques sera, alors, très faible.
En conclusion  :
Génération Écologie est "écologiquement pour" le projet ITER.

Données techniques : Michel Villeneuve.
Article proposé par :   Catherine Villa

Publié dans ÉCOLOGIQUEMENT "POUR"

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